1 Jour 1 Portrait

Shaftaï l’artiste et l’homme Steve

Avec Steve je parle beaucoup, avec Shaftaï, je me tais, je regarde. Pour autant, je sais que Shaftaï est la part aboutie de Steve. Que d’une certaine manière l’un révèle l’autre, l’élucide à mes yeux.

Je pense sincèrement qu’un artiste est confiné dans chacune de ses œuvres, que l’enfant qu’il était, crie souvent à l’intérieur et que c’est la perception même de ces cris qui définit son empreinte réelle sur le public.

Pour parler de son travail je dirais que c’est d’abord une histoire de rencontre de matières parallèles (Bois/métal), de confrontation de paradoxe (Nature /technologie) et d’Espace. A chacun d’y retrouver son chemin. Parfois le bois en impose, monologue, Le métal, par-contre, y est rarement soliste et pour autant n’accompagne jamais, son industrie fracture toujours. C’est la part violente des compositions.

J’ai la prétention de croire que Steve est peut-être mon meilleur ami. Alors que Shaftaï m’intimide toujours et ne cesse de me rappeler à l’ordre. Une amitié n’est jamais sans risque.

[Bruno De Saint Riquier (comédien, ancien directeur du Théâtre Le Nickel à Rambouillet)]

Rambouillet (78) #1jour1portrait #lesbaladesrambolitaines #mis78 #032

Etant sortie d’une famille d’artistes, je me suis fabriqué un nom d’artiste en partie pour me distinguer d’un frère sculpteur et d’une sœur peintre

Steven Lefkowitz

1. Avez-vous un nom d’artiste ou un surnom ? Qui êtes-vous ? Que faites-vous ? Dans quel lieu peut-on vous rencontrer ? Depuis combien de temps pratiquez-vous ? Votre famille partage-t-elle votre passion ou vos passions ?
Steven Lefkowitz. Nom d’artiste : Shaftaï. Etant sortie d’une famille d’artistes, je me suis fabriqué un nom d’artiste en partie pour me distinguer d’un frère sculpteur et d’une sœur peintre.  Il y a d’autres raisons qui seraient trop compliquées à expliquer, surtout parce que moi-même je ne les comprends pas tout à fait.

(Avant de commencer à lire l’interview, je vous invite à visiter mon site où vous pourrez regarder des photos de mes sculptures et, ainsi, ça m’éviterait de parler, avec des mots, de choses qui doivent être d’abord et surtout, vues :  www.shaftai.fr )

2. Quelle est l’anecdote qui vous a le plus marquée dans votre carrière ? Celle que vous citez le plus souvent ? Quel conseil donneriez-vous à une personne qui souhaite suivre votre parcours ?

–Racontez une anecdote qui vous a marqué et qui a déclenché votre engagement. .

A la même époque que j’ai rencontré ma femme (nous sommes ensemble depuis 1978) j’ai cassé mon réveille.  Je ne sais pas s’il y a un rapport entre les deux événements ; mais je suis tenté de croire que l’engagement avec ma femme a joué sur ma façon de vivre le temps. J’ai oublié comment l’accident est arrivé ; je parle du réveille ; je me souviens très bien des circonstances de la première rencontre avec ma femme. Toujours est-il que j’ai découvert le réveille par terre dans mon petit appartement de Montmartre, et à l’intérieur de la boite j’ai vu un tas de petites rondelles métallique de différentes tailles et de structures variées. Sans réfléchir je les ai attachés à des morceaux de fil de nylon (D’où est venu ce fils ?    Je n’ai jamais possédé une canne à pêche. Mon père par contre, de l’autre côté de l’Atlantique, en avait toute une collection.) J’ai suspendu ces fils à trois cintres entrecroisés que j’ai fixé au plafond. Le résultat était une imitation du système solaire. Jusqu’alors je m’étais concentré sur l’enseignement et l’écriture.    Je venais d’entamer une transition vers le travail de la matière.

3. Qu’aimez-vous le plus dans votre domaine ? Qu’est-ce-qui vous rend unique ? Quelle est la création/réalisation qui vous caractérise le mieux ? Quelles sont vos sources d’inspiration ? Quelles sont vos influences ? Quelle histoire (storytelling, accroche narrative) racontez-vous à vos interlocuteurs ?

–Parlez d’un de votre rapport avec de la sculpture.

Au milieu d’une des plus grandes salles du Musée d’Art de Detroit, ma ville natale, se trouve un exemplaire du Vol d’Oiseau du sculpteur Romain / Français Constantin Brancusi.  Ma mère étant guide du musée, la première fois que j’ai vu cette sculpture, elle devait mesurer plus haut que moi.  Mais je n’avais pas besoin de connaître son histoire pour être saisi par tout ce que l’artiste cherchais à évoquer, à savoir le mouvement, la grâce, l’air, l’essence de la nature, la puissance de l’abstraction. Heureusement, l’apprentissage de l’histoire de l’art et les années de pratique n’ont pas effacé ma capacité « innocente et enfantine » à apprécier et à me perdre dans les grandes œuvres. 

4. Quel est votre parcours ? Comment êtes-vous devenu ce que vous êtes ? Avez-vous fait des études en rapport avec votre activité actuelle ?

–Racontez votre parcours.

Mon père avait fait des études universitaires de beaux-arts, spécialisation sculpture.  La naissance de ses quatre enfants l’a obligé de gagner sa vie en vendant du popcorn et des hamburgers dans les cinémas en plein air situés sur tout le territoire du Michigan.   Dès que ses affaires le lui permettaient, il se retirait au sous-sol de notre maison où se trouvait son établi pour travailler sur un morceau de bois. (En pleine guerre froide, on était censé s’accroupir sous ce même établi pour nous protéger contre une éventuelle bombe atomique russe.) Je me posais sur un tabouret d’où je pouvais l’observer. La fumée de sa pipe se mêlait à l’odeur du bois pour créer un parfum réconfortant. Plus tard ma fille viendrait souvent dans mon atelier où elle s’allongeait sur la chaise longue pour se reposer des turbulences de son adolescence et elle s’endormait en dépit des, ou bien grâce aux, bruits de mes outils. Elle est devenue artiste. Moi, à force d’observer mon père, j’ai intégré le maniement du maillet avant d’en saisir un.

5. Comment avez-vous commencé dans ce métier ? Avez-vous toujours travaillé dans cette activité ? Depuis combien de temps êtes-vous établi à votre compte ?

–Pouvez-vous nous parler de votre démarche ?    Y a-t-il des concepts qui vous servent de base ?

Les discussions de sculpteurs ne sont pas des plus passionnantes.  Un de mes collectionneurs me l’a expliqué un jour : « Les sculpteurs parlent entre eux de la technique ce qui est assez ennuyeux tous les autres. »  Ma femme était d’accord avec lui. Ceci dit, j’ose quand même vous parler de trois luttes fondamentales : la lutte contre la matière, la lutte contre l’héritage, la lutte contre soi-même ; et chaque forme de lutte s’accompagne de son contraire, c’est à dire d’une collaboration.   

La matière : c’est la résistance de la matière qui donne naissance aux nouveautés ; c’est parce que la matière résiste que le processus ne se passe pas comme prévu.   

L’héritage : quand je rencontre un problème je me demande comment un tel parmi ma longue liste de pères, le resouderait.    On travaille dans la solitude, accompagné par des siècles remplis d’influences.    Je cherche l’originalité tout en reconnaissant que je viens de quelque part.    La combinaison de bois et de métal m’ouvre des possibilités d’invention.   

Moi-même : trop souvent je me trouve en train de refaire des choses qui ressemblent à ce que j’ai déjà fait. J’essaie de pousser des idées plus loin mais est-ce possible de se pousser soi-même en dehors de soi-même ?

6. Le mot de la fin pour les lecteurs et lectrices des « Balades Rambolitaines, Confluence » … Qu’avez-vous envie de dire pour leurs donner envie de venir vous rencontrer ?

–Faites-vous des expositions régulièrement ?

Depuis mes débuts j’ai beaucoup exposé dans des lieux différents en France et aux USA. Voir mon site : www.shaftai.fr  Les réactions des spectateurs m’intéressent et peuvent me poser questions. J’encourage des gens de rentrer en contact avec mes œuvres. La sculpture est un art tactile qui se lit par les mains.      Au lieu de ‘Interdit de toucher’ j’affiche ‘Il faut toucher’… et je pourrais rajouter : ‘pour être touché’.

7. Quels sont les moyens de vous joindre ? Quel est votre numéro de téléphone ? Votre email, votre page Facebook, votre site internet… ?

8. Candidat(e) pour une interview à la Radio RVE ?
Quant à la possibilité de passer sur RVE, je l’ai déjà fait il y a deux ans dans le cadre de Hélium; donc ce n’est pas sûr qu’on voudrait recommencer. On verra.

Extra (questionnaire de Proust)

9. La couleur que je préfère ?
Quand j’étais jeune impatient, je choisissais systématiquement le bleu pour mes vêtements ; c’était pour éviter de réfléchir. Avec le temps je me suis ouvert aux complexités du spectre de lumière et j’arrive même à apprécier le jaune qui me rebutait avant.

10. La fleur que j’aime ?
Les petites fleurs sauvages éparpillées sur un pré.

11. L’oiseau que je préfère ?
Le merle, ce génie de l’improvisation.

12. Mes auteurs favoris en prose ?
William Faulkner, Philip Roth, Thomas Mann, Flaubert, Zola, Balzac et j’en passe.

13. Mes poètes préférés ?
W.C. Williams, Jacques Prévert, Rimbaud, Verlaine, Emily Dickinson, Dylan Thomas, WH Auden et j’en passe.

14. Mes héros, mes héroïnes favorites dans la fiction ?
Jacob et Joseph de l’Ancien Testament, les personnages tourmentés et complexes dans les grandes œuvres de Faulkner, Dostoïevski, Shakespeare qui me consolent, comme un miroir charitable, de mes propres contradictions.


Steven Lefkowitz (Shaftaï)
06 77 43 44 33
Rambouillet (78)
Facebook : https://www.facebook.com/steven.lefkowitz.129
page Facebook : https://www.facebook.com/Shafta%C3%AE-101482113946905
Site internet : http://www.shaftai.fr/
Hélium : https://helium-artistes.com/artistes/shaftai/

Crédit photo : Steven Lefkowitz, William Rounds & Balades Rambolitaines « confluence »

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3 commentaires

  1. Merci pou ce merveilleux article !
    Je suis fan de cet artiste, cet homme à l’humour décalé, qui raconte les histoires comme personne !
    Ses oeuvres en bois et métal inspirent votre imagination et donnent à votre intérieur ou votre extérieur une touche chaleureuse et bienveillante. Il ne faut pas manquer d’aller voir son atelier !

  2. Merci pour cet article; j’espère que les personnes sensibles et curieuses vont prendre contact avec Shaftaï et aller toucher ses sculptures; en apporter chez elles et vivre avec cet art si touchant, si fort, si sensible et si plein d’humour.

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